Trois flux de conscience une étincelle et nous voilà au monde !

Trois histoires vibratoires, génétiques et la petite « sparkle », étincelle divine ou fusion atomique du principe de vie, une petite poussée de l’envie d’exister, du désir vers l’incarnation et je suis, nous sommes…
Autour de la naissance de ce micro univers, molécules, atomes puis la matière, formidablement attirées les unes vers les autres vont commencer à s’organiser.
Tourbillonnants, s’attirant se rejetant dans cette danse de la vie.
Bien vite une conscience apparaîtra fruit de celle de chaque cellule et de celle de la vie elle-même, qui va organiser, orchestrer le grand ballet selon la partition de chacun.
Neuf mois de conscience attentive les yeux clos, le tout jeune méditant pousse la porte, quitte le nid maternel, découvre la pesanteur, change de système, lance le son primordial qui en faisant écho à l’univers active son souffle, « spiritus ». Le poids l’écrase vers le sol, l’eau des poumons finit de se vider, il quitte « l’acqua », l’eau pour le terrestre, de la mère vers la découverte du père. Il vit et ressent la séparation de l’un, il passe au deux.
L’identité apparaît et commence à recouvrir d’un fin voile l’être… Ex-ister, « esistare », (littéralement en dehors de l’être).
Les parents le nomment… À cet instant, le petit d’homme séparé mais constituant de l’univers est (encore) illimité. Seules les mains et le touché attentionné, l’odeur de la maman et pourquoi pas ? du papa, lui donneront un repère, « re-père », limite tangible et rassurante à celui ou celle qui alors ne se ressent que comme un point de conscience dans un flot de sensations.
Tristement nos sociétés ont oublié l’essentiel d’un toucher sain, « saint ». Le lange et le lit bordés serrés, la couveuse, chaussette et pire pour certain le parc deviennent parfois les seules limites du tout petit.
Imagez dans votre esprit un tout petit bandé comme une momie. Des limites au corps ici sur imposées qui deviendront vite un carcan, future impossibilité de vivre libre. Au contraire l’image d’une maman massant son petit en le regardant. Chaleur, amour, radiations des mains qui suggèrent à l’enfant ses limites, future assurance d’une vie plus libre.
Dans nos sociétés, souvent limité à la solitude, commence déjà le manque d’amour pour le petit d’homme… Seul le « peau à peau », le sentir presque animal, la chaleur la vibration de l’autre lui donneront la confiance d’exister, séparé et limité dans l’espace. À cette époque le « moi-peau » est alors sa seule identité. Il est conscience et ressenti.
Si cette étape essentielle est oubliée que lui restera-t-il pour se reconnaître ?
La tension ! D’abord par les pleurs, cris, qui par les vibrations qu’ils procurent le délimitent.
Puis viendra la crispation des membres. Avez-vous ces touts petits se tendrent en serrant leur petit poing, peut-être déjà de rage de n’être pas entendu, voire de n’avoir pas été nommé par leur parent…
Bientôt la « cuirasse émotionnelle » limitera l’enfant puis plus tard l’adulte. Plus rien ne rentre plus rien ne sort. Autisme du ressenti *…
À l’encontre les petits tripotés, chatouillés, reniflés, nommés, seront ouverts au monde, sensibles et vibrants, lumineux de leur liaison permanente à l’univers, la source dont nous sommes tous issus…

Réapprenons à nous prendre la main, à donner l’accolade. Fraternité universelle qui ne pourra plus nous faire oublier l’amour essentiel du touché dans cette étape si cruciale du devenir qu’est la petite enfance.
Cette métaphore de la main qui touche aimante, caressante, rassurante est la main qui guérit (la main du Christ ?). La limite est proposée à l’enfant dans l’amour, juste pour qu’il ne devienne pas un enfant-roi d’abord par se toucher « saint » puis par les mots.
Au tout petit, elle ne s’impose pas, elle s’offre dans la douceur.
Le portant contre elle la chaleur de la mère lui montre déjà qu’il y a un autre (et qu’il n’y a rien d’effrayant à cela). L’espace prend des repères un peu comme des bornes sensitives. Il y a ici, il y a là, une sensation ici, une autre là. La chaleur de ma maman devant, le froid du vent dans mon dos.
L’enfant rassuré par la proximité sensorielle et communicative de la mère, expérimente les limites de son corps et très vite de l’espace avoisinant. Alors bientôt, il y aura moi puis l’autre et l’espace entre les deux. Cela deviendra acceptable, agréable.
Sinon, dans le cas contraire, l’enfant en nous, réclamera toute sa vie à un autre ce premier contact le définissant comme individu autonome et rassuré. Par manque des « marques » d’amour, il exigera des preuves d’amour. **
À chacun d’entre nous, parents d’en prendre conscience et d’inventer, une complicité aimante par le « toucher-regard », pour ne pas faire de nous, une société d’« autistes sensoriels » « carapacés » dans la toute-puissance de la simple raison.

Notes :

  • La surenchère du corps dans nos sociétés me semble parler de cette atrophie du touché, du ressenti du corps…
    Surenchère du corps, chirurgie esthétique : Découper, remodeler comme redéfinition des limites d’un moi-peau, inconnu ou trop fantasmé et pas assez ressenti.
    Musculation exagérée. Faire gonfler le corps, muscle, poitrine, pour mieux ressentir ou voir ses bornes, ses bords.
    Tendance actuelle au piercing ou tatouage. Sentir en perçant ou piquant la limite du dedans dehors…

** La tendance fusionnelle de nombreux couples, la difficulté de nombreux adolescents à prendre leur envol, le syndrome de « Tanguy », de l’éternel enfant, l’immaturité sensorielle de nos sociétés. Le besoin de ressentir sa limite jusqu’à la provoquer. Peur de vivre, limitation de notre potentiel. Peur d ‘aller vers l’autre, vers le monde par manque d’expérience. Tout cela me semble prendre racine là.
Nb : Une amie pédopsychiatre, m’a parlé d’un « langage serré » employé dans d’autres civilisations (je pense qu’elle parlait de l’Afrique) qui aurait pour vertu de calmer les enfants…
Me revient alors en mémoire une pratique thérapeutique utilisée lorsque les enfants font usage de violence, coups physiques à l’encontre de leur parents, fratrie ou autre. Dans ce cas précis, il est conseillé à l’adulte d’empêcher l’enfant de faire violence en lui tenant fermement les mains et en lui signifiant que vous êtes conscient de sa colère mais que vous refusez qu’il la laisse sortir de la sorte (violence directe contre vous ou un autre). L’énergie alors bloquée ne pouvant plus s’exprimer par un passage à l’acte se libère alors par une décharge émotionnelle, cris puis pleurs. On peut prendre également l’enfant dans les bras mais toujours avec fermeté dès que le gros de la colère est passé (arrivée des pleurs) et ce afin de l’accompagner dans ce douloureux travail de décharge de ses tensions.
L’important dans tout cela, c’est la présence et l’accompagnement dans le vécu du tout petit.
Cette mère qui lange, serré, son petit le porte -t’elle contre elle ou « l’abandonne » -t’elle à ses cris ? Toute la différence sera là, dans le ressenti de l’enfant et sûrement dans la réussite ou l’échec du processus : calmer l’enfant ou l’étouffer ?
Bibliographie succincte :

  • « Shantala » Fréderic Leboyer, livre remarquable sur le massage Indien des enfants. Beauté et sensibilité des textes et photos, facilité d’accès à cette technique ancestrale.
  • « Mon bébé comprend tout », « bien comprendre les besoins de votre enfant » et tous les ouvrages d’Aletha Solter, psychologue Suisse-Américaine.
  • « Le moi-peau » de Didier Anzieu et la psychanalyse des limites.